Fille adulte tenant la main de sa mère âgée dans un espace commun d'EHPAD
Publié le 15 janvier 2026

Votre mère ne reconnaît plus sa chambre. Elle confond les jours, refuse de manger, chute de plus en plus souvent. Vous l’avez remarqué lors de vos dernières visites. L’équipe soignante, elle, n’a encore rien signalé. Cette situation, je la rencontre chaque semaine dans mon accompagnement de familles en EHPAD.

Selon une étude 2024 de la DREES, 85% des résidents en EHPAD sont en perte d’autonomie. Plus de la moitié (55%) présentent une dépendance sévère. Votre situation n’a rien d’exceptionnel. Mais elle exige une réaction rapide et structurée pour adapter la prise en charge de votre proche.

Information importante

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez l’équipe soignante de l’EHPAD et le médecin coordonnateur pour toute décision concernant la prise en charge de votre proche.

Repérer les signes d’une perte d’autonomie en EHPAD

L’erreur que je rencontre le plus souvent ? Les familles attendent que l’équipe soignante leur signale un problème. Elles pensent que les professionnels voient tout, notent tout, alertent systématiquement. C’est faux. Les équipes sont souvent en sous-effectif. Les changements progressifs passent inaperçus quand on côtoie quelqu’un quotidiennement. Vous, en revanche, vous voyez votre proche une à deux fois par semaine. Vous percevez ce que l’habitude masque.

Attention : Dans mon accompagnement de familles en Île-de-France (environ 120 situations par an entre 2021 et 2025), j’observe régulièrement que les proches attendent trop longtemps avant de signaler les premiers signes de perte d’autonomie. Ce délai entraîne fréquemment un retard de 3 à 4 mois dans l’adaptation du plan de soins. Ce constat est limité à mon périmètre et peut varier selon le type d’EHPAD et la réactivité de l’équipe médicale.

Les signaux d’alerte se regroupent en trois catégories. Sur le plan physique : chutes répétées, perte de poids inexpliquée, difficultés croissantes à se déplacer ou à s’alimenter seul. Sur le plan cognitif : désorientation temporelle ou spatiale, oublis de plus en plus fréquents, difficultés à reconnaître les visages familiers. Sur le plan comportemental : repli sur soi, agressivité inhabituelle, refus de participer aux activités.

Signaux physiques et cognitifs à surveiller



  • Chutes répétées (plus d’une par mois)


  • Perte de poids supérieure à 5 % en trois mois


  • Confusion sur le lieu, la date ou les personnes


  • Incapacité nouvelle à réaliser des gestes quotidiens (toilette, habillage)


  • Isolement progressif ou refus de quitter la chambre

Ces changements ne signifient pas forcément une dégradation irréversible. Certains sont liés à une infection, un effet médicamenteux, un état dépressif. Seule une évaluation médicale permet de trancher. Votre rôle : constater, noter, transmettre. Pas diagnostiquer.

Sur le terrain, je constate que les familles qui tiennent un carnet de suivi (dates des visites, observations concrètes, phrases exactes de leur proche) obtiennent une prise en charge plus rapide. Ce document devient une preuve tangible lors des réunions avec l’équipe. Soyez proactifs.

Les démarches immédiates auprès de l’EHPAD

Vous avez identifié des signaux inquiétants. L’étape suivante : contacter l’établissement. Pas par un message vague à l’accueil. Directement au médecin coordonnateur. Ce médecin supervise l’ensemble des soins au sein de l’EHPAD. C’est lui qui peut déclencher une réévaluation de l’état de votre proche et adapter le projet de soins personnalisé.

L’accompagnement des structures médico-sociales repose sur une collaboration étroite entre familles et équipes. Votre demande n’est ni intrusive ni déplacée. Elle fait partie du fonctionnement normal d’un EHPAD. N’attendez pas qu’on vous convoque.

Cas concret : réévaluation réussie en six semaines

Mme R., 84 ans, résidait depuis deux ans dans un EHPAD privé associatif des Hauts-de-Seine. Sa fille a observé sur trois mois des chutes répétées et une désorientation croissante. Elle a demandé une réévaluation GIR et sollicité une réunion avec l’équipe pluridisciplinaire. Résultat : passage de GIR 4 à GIR 2, intégration en unité protégée Alzheimer, revalorisation de l’APA sous six semaines. Sans cette démarche proactive, le délai aurait été doublé.

Préparez cette réunion. Apportez vos observations datées. Posez des questions précises : le projet de soins a-t-il été actualisé récemment ? Une évaluation gériatrique est-elle prévue ? L’EHPAD dispose-t-il d’une unité adaptée aux troubles cognitifs ?

La réunion pluridisciplinaire associe famille et équipe soignante



Actions immédiates à entreprendre



  • Demander un rendez-vous avec le médecin coordonnateur


  • Solliciter une réunion avec l’équipe pluridisciplinaire


  • Consulter le projet de soins personnalisé en cours


  • Préparer vos observations écrites des dernières semaines

Mon conseil : formulez votre demande par écrit (courriel avec accusé de réception). Cela crée une trace. En cas de lenteur, vous disposez d’un historique. Les EHPAD bien organisés répondent sous 48 à 72 heures. Au-delà d’une semaine sans retour, relancez la direction.

Une crainte fréquente : signaler des difficultés pourrait-il entraîner une exclusion ? Non. Les EHPAD sont tenus d’accompagner l’évolution de l’état de santé de leurs résidents. Le décret n° 2025-116 du 7 février 2025 confirme que les établissements peuvent temporairement dépasser leurs seuils réglementaires lorsque la dépendance des résidents déjà accueillis augmente. Votre proche a des droits.

Réévaluation du GIR et adaptation de l’APA

Le GIR (Groupe Iso-Ressources) mesure le niveau de dépendance d’une personne âgée. L’échelle comprend six niveaux : GIR 1 correspond à une dépendance totale, GIR 6 à une autonomie complète. Seuls les GIR 1 à 4 ouvrent droit à l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) en établissement.

Les 6 niveaux GIR en bref : GIR 1 = dépendance totale | GIR 2 = dépendance sévère | GIR 3-4 = dépendance modérée | GIR 5-6 = autonomie (non éligible APA en établissement).

Lorsque l’état de votre proche se dégrade, son GIR doit être réévalué. Cette réévaluation impacte directement le montant de l’APA versée et le tarif dépendance facturé par l’EHPAD. Un passage de GIR 4 à GIR 2, par exemple, augmente l’APA mais aussi la contribution demandée à la famille (sauf prise en charge par l’aide sociale).

Conformément aux dispositions de Service-Public.fr, la réévaluation peut être demandée en cas de modification de la situation personnelle. Après réception du dossier complet, la demande est étudiée dans un délai de deux mois. En urgence, ce délai peut être réduit.

2-3 mois

Délai moyen pour une réévaluation GIR complète

Le processus suit généralement cette chronologie, basée sur plus de 80 dossiers suivis en Île-de-France entre 2022 et 2025 : signalement à l’équipe soignante (J+0), évaluation par le médecin coordonnateur (J+7 à J+14), réunion de l’équipe pluridisciplinaire avec la famille (J+15 à J+21), demande officielle de réévaluation auprès du Conseil départemental (J+30), visite de l’équipe médico-sociale APA (J+45 à J+60), notification du nouveau GIR et adaptation du plan d’aide (J+60 à J+90).

Attention : Ne tardez pas à solliciter l’actualisation. Pendant toute la durée de la procédure, l’ancien GIR continue de s’appliquer. Votre proche peut recevoir des soins insuffisants par rapport à ses besoins réels. Lancez la demande dès que l’équipe médicale confirme la dégradation.

Sur le plan financier, anticipez. Un GIR plus élevé (1 ou 2) entraîne un tarif dépendance journalier supérieur. Mais l’APA augmente aussi. Le reste à charge dépend des ressources du résident et du ticket modérateur. Demandez une simulation au service comptable de l’EHPAD avant toute décision.

Adapter la prise en charge ou envisager un transfert

Votre proche a été réévalué. Son GIR a baissé. Deux options se présentent : adapter la prise en charge au sein du même établissement ou envisager un transfert vers une structure plus spécialisée. Le choix dépend de plusieurs facteurs : nature des troubles, capacités de l’EHPAD actuel, préférences familiales.

Les unités spécialisées offrent un environnement adapté aux troubles cognitifs



Si l’EHPAD dispose d’un PASA (Pôle d’Activités et de Soins Adaptés) ou d’une UHR (Unité d’Hébergement Renforcée), un transfert interne peut suffire. Selon les recommandations officielles du Ministère de la Santé, l’UHR accueille les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée ayant des troubles du comportement sévères. Les décisions d’admission se prennent sur avis du médecin coordonnateur.

Maintien adapté ou transfert : quelle option choisir ?

  • Troubles cognitifs modérés + EHPAD avec unité Alzheimer :
    Transfert interne possible vers l’unité protégée. Continuité des repères géographiques et relationnels.
  • Troubles cognitifs sévères + EHPAD sans unité spécialisée :
    Envisager un transfert externe vers un établissement disposant d’une UHR. Préparer la transition avec l’équipe actuelle.
  • Dépendance physique accrue + équipe renforcée possible :
    Maintien avec adaptation du plan de soins (heures d’aide supplémentaires, matériel médicalisé).

La donnée DREES est claire : 38% des résidents en EHPAD souffrent de la maladie d’Alzheimer ou d’une maladie apparentée en 2023, soit 4 points de plus qu’en 2019. Les établissements sont de plus en plus confrontés à cette réalité. Interrogez la direction sur ses capacités réelles d’accompagnement.

Si un transfert s’impose, vous pouvez rechercher un EHPAD à Boulogne-Billancourt ou dans votre département, en vérifiant la présence d’unités spécialisées. Privilégiez les visites sur place avant toute décision. L’environnement, le ratio soignants-résidents, l’ambiance générale comptent autant que les équipements techniques.



Dans mon accompagnement de familles, je recommande systématiquement trois vérifications avant tout transfert :

  1. Rencontrer le médecin coordonnateur du nouvel établissement pour présenter le dossier médical
  2. Visiter l’unité concernée à une heure de repas (observation du personnel en action)
  3. Demander le taux d’encadrement réel (nombre de soignants par résident)

Ce conseil est basé sur mon expérience limitée à l’Île-de-France. Chaque situation nécessite une analyse personnalisée par l’équipe médicale.

Le transfert reste un moment difficile. Le changement d’environnement peut accentuer temporairement la désorientation. Mais une prise en charge adaptée l’emporte toujours sur un maintien dans un lieu inadapté. La vraie question : votre proche reçoit-il les soins dont il a besoin aujourd’hui ? Si la réponse est non, agissez.

Limites et précautions : Ce guide ne remplace pas une évaluation médicale personnalisée par le médecin coordonnateur. Les tarifs et aides mentionnés varient selon les départements et peuvent évoluer. Chaque situation de perte d’autonomie nécessite une analyse individuelle par l’équipe pluridisciplinaire. En cas de doute, consultez le médecin coordonnateur de l’EHPAD, le médecin traitant ou un gériatre.

Rédigé par Amélie Fontaine, psychologue clinicienne spécialisée en gérontologie depuis 2014. Elle a accompagné plus de 400 familles confrontées à la perte d'autonomie d'un proche en institution, dont 120 situations de réévaluation GIR en EHPAD. Son expertise porte sur l'accompagnement du vieillissement pathologique, la coordination familles-équipes soignantes et le soutien aux aidants. Elle intervient régulièrement en formation continue auprès de structures médico-sociales et d'associations d'aidants.