
Vous avez oublié ce que vous alliez dire en pleine réunion. Encore. Corriger des copies vous épuise après vingt minutes. Votre entourage vous trouve « ailleurs ». Ces difficultés ne sont pas dans votre tête. Entre 40 et 70 % des personnes atteintes de SEP vivent des troubles cognitifs qui perturbent leur quotidien, selon les chiffres clés sur la sclérose en plaques en France. Comprendre ces mécanismes et identifier des stratégies concrètes peut transformer votre rapport à ces symptômes invisibles.
⚠️ Information importante
Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié pour toute décision concernant votre santé.
Dans cet article
Pourquoi la sclérose en plaques perturbe-t-elle les fonctions cognitives ?
40 à 65 % des patients SEP présentent des troubles cognitifs, selon les recommandations de la HAS. C’est massif. Ces difficultés concernent principalement l’attention, les fonctions exécutives et la mémoire. Elles ne sont pas le signe d’un manque de volonté ou d’une faiblesse personnelle.
Le mécanisme en cause est neurologique. Une dysfonction du système immunitaire entraîne des lésions qui attaquent la gaine de myéline entourant les axones, comme l’explique le dossier INSERM. Cette démyélinisation ralentit la transmission des informations entre les neurones. Le cerveau fonctionne toujours. Juste plus lentement.
Pour mieux comprendre comment ces fonctions interagissent, vous pouvez consulter les concepts de base en psychologie cognitive. La mémoire de travail, celle qui vous permet de retenir un numéro de téléphone le temps de le composer, est particulièrement vulnérable. La vitesse de traitement de l’information diminue également, rendant les tâches complexes plus fatigantes.
Fonctions cognitives les plus touchées dans la SEP :
- Vitesse de traitement : temps nécessaire pour analyser et répondre à une information
- Mémoire de travail : capacité à maintenir et manipuler des informations à court terme
- Attention divisée : difficulté à gérer plusieurs tâches simultanément
- Fonctions exécutives : planification, organisation, flexibilité mentale
Ces troubles peuvent apparaître dès les premiers stades de la maladie. C’est une réalité clinique que je constate régulièrement. Attendre qu’ils « passent » n’est pas une stratégie. Les identifier tôt permet de mettre en place des compensations efficaces avant qu’ils n’affectent durablement votre qualité de vie.
Mémoire, attention, concentration : quels symptômes au quotidien ?
Vous êtes en train d’expliquer une notion à vos élèves. Soudain, le fil vous échappe. Le mot que vous cherchiez a disparu. Vingt regards fixés sur vous. Cette situation, des milliers de personnes atteintes de SEP la vivent chaque jour. La sclérose en plaques concerne environ 100 000 personnes en France et se déclare majoritairement entre 25 et 35 ans, selon une étude 2017 de la FRM.
Le brouillard cérébral décrit par les patients n’est pas une métaphore poétique. C’est une sensation réelle de lenteur mentale, comme si la pensée traversait du coton. Les oublis ne concernent pas les souvenirs anciens. Vous vous rappelez très bien votre mariage. Mais vous avez oublié ce que vous alliez chercher dans la cuisine il y a trente secondes.
Situations quotidiennes révélatrices de troubles cognitifs
- Perdre le fil d’une conversation en plein milieu
- Devoir relire plusieurs fois le même paragraphe pour le comprendre
- Oublier un rendez-vous pourtant noté
- Difficulté à suivre une émission télévisée avec plusieurs personnages
- Épuisement après une tâche intellectuelle qui semblait simple avant
Le ralentissement du traitement de l’information est l’une des fonctions les plus touchées, selon les données récentes AQNP 2025. Concrètement, vous comprenez toujours. Vous avez besoin de plus de temps. Dans un monde qui valorise la rapidité, ce décalage devient handicapant.

Ne confondez pas fatigue cognitive et dépression. Les deux peuvent coexister, mais leurs mécanismes diffèrent. La fatigue cognitive s’intensifie après un effort mental et s’améliore avec le repos. La dépression s’accompagne d’une perte d’intérêt et d’un sentiment de tristesse persistant. Cette distinction est essentielle pour orienter vers la bonne prise en charge.
Ce que ces troubles ne sont pas : de la paresse, un manque de motivation, un signe de vieillissement normal, ou une exagération. Votre cerveau travaille plus dur pour produire le même résultat. C’est épuisant. Et c’est légitime.
L’impact invisible sur la vie professionnelle et sociale
Les troubles moteurs se voient. Une canne, un fauteuil, une démarche modifiée. Les troubles cognitifs, eux, restent cachés. Cette invisibilité est un piège. Vos collègues vous trouvent « dans la lune ». Votre famille pense que vous n’écoutez pas. Vous doutez vous-même de vos capacités. Je considère que les troubles cognitifs impactent la qualité de vie autant que les troubles moteurs. Cette réalité est sous-estimée.
Dans ma pratique de neuropsychologue auprès de patients SEP (environ 80 bilans annuels entre 2020-2025), je constate régulièrement que l’entourage confond fatigue cognitive et dépression. Cette méprise retarde souvent l’orientation vers une rééducation adaptée. Ce constat est limité à mon périmètre de consultation spécialisée. La reconnaissance des troubles peut varier selon la forme de SEP et l’accès aux soins spécialisés.
Conséquence d’une confusion diagnostique
Une patiente de 45 ans, enseignante comme Sophie, a consulté pendant deux ans pour une dépression supposée. Antidépresseurs prescrits, arrêts maladie répétés. Le bilan neuropsychologique a finalement révélé un ralentissement de la vitesse de traitement et des troubles attentionnels. Orientation vers rééducation cognitive. Résultat : reprise du travail à temps partiel avec aménagements, six mois plus tard. Ce cas illustre l’importance d’une évaluation spécifique, mais chaque situation nécessite une analyse personnalisée.
L’impact professionnel est concret. Gérer plusieurs tâches simultanément devient difficile. Les réunions longues épuisent. La surcharge mentale arrive plus vite. Pour maintenir le même niveau de performance qu’avant, vous mobilisez une énergie considérable. Cette compensation a un coût.
L’isolement guette. Expliquer des symptômes invisibles fatigue. Vous évitez les situations sociales complexes. Les conversations à plusieurs deviennent un exercice d’équilibriste cognitif. Certains patients abandonnent des activités qu’ils aimaient. Pas par choix. Par épuisement.
Stratégies concrètes pour mieux gérer mémoire et concentration
Imaginez votre cerveau comme un ordinateur avec trop d’onglets ouverts. Il fonctionne. Mais lentement. La stratégie n’est pas de le forcer à aller plus vite. C’est d’apprendre à fermer les onglets inutiles. Les aides externes ne sont pas un aveu d’échec. Ce sont des outils de performance.
Le parcours type entre premiers symptômes cognitifs et prise en charge adaptée s’étend sur environ 12 mois : premières plaintes cognitives (M+0), signalement au neurologue lors du suivi (M+6), prescription du bilan neuropsychologique (M+8), réalisation du bilan après délai de rendez-vous (M+11), début de la rééducation ou mise en place des compensations (M+12). Ce parcours a été observé sur les patients suivis en région Île-de-France entre 2022 et 2025.
Cas concret : maintien dans l’emploi avec aménagements
Femme de 42 ans, cadre administrative. SEP rémittente diagnostiquée en 2019. Plaintes croissantes : difficultés à gérer plusieurs tâches, oublis de réunions. Bilan neuropsychologique réalisé. Mise en place d’outils compensatoires : agenda électronique avec alertes multiples, technique de chunking (découpage des tâches en étapes courtes). Résultat après 6 mois : maintien du poste avec aménagements, réduction de 60 % des oublis professionnels signalés. Les résultats varient selon le profil cognitif et l’environnement professionnel de chaque personne.
La rééducation cognitive avec un neuropsychologue permet de travailler spécifiquement les fonctions altérées. Pas de solution miracle. Un entraînement régulier et adapté. Les séances durent généralement 45 minutes à une heure, à raison d’une à deux fois par semaine pendant plusieurs mois.
- Utilisez un agenda unique (papier ou numérique) pour centraliser tous vos rendez-vous
- Activez des alarmes multiples pour les tâches importantes (15 min avant, 5 min avant)
- Découpez les tâches complexes en étapes de 10-15 minutes maximum
- Planifiez les activités exigeantes pendant vos pics d’énergie (souvent le matin)
- Aménagez des pauses régulières : 5 minutes toutes les 25 minutes de concentration

La gestion de la fatigue cognitive est aussi importante que les outils de compensation. Évitez le multitâche. Votre cerveau n’est pas conçu pour cela, et avec la SEP, le coût énergétique explose. Une seule tâche à la fois. C’est plus efficace.
Professionnels à consulter pour une prise en charge cognitive :
- Neuropsychologue : bilan cognitif complet et rééducation spécifique
- Orthophoniste : travail sur le langage et certaines fonctions exécutives
- Ergothérapeute : adaptation de l’environnement professionnel et domestique
- Neurologue : coordination du parcours de soins et suivi médical global
Communiquer sur vos difficultés avec votre entourage professionnel et personnel fait partie de la stratégie. Pas pour vous justifier. Pour permettre des ajustements qui vous soulagent. Demander un compte-rendu écrit après une réunion n’est pas un signe de faiblesse. C’est une adaptation intelligente.
Limites et précautions
- Ce contenu ne remplace pas une évaluation neuropsychologique personnalisée
- L’intensité et l’évolution des troubles cognitifs varient considérablement d’une personne à l’autre
- Les stratégies proposées sont des pistes générales à adapter avec l’aide de professionnels
Organisme à consulter : neurologue, neuropsychologue ou équipe pluridisciplinaire spécialisée SEP
Les troubles cognitifs liés à la SEP ne définissent pas qui vous êtes. Ils modifient la façon dont vous fonctionnez. La différence est essentielle. Avec les bons outils et le bon accompagnement, maintenir une vie professionnelle et sociale épanouissante reste possible. La vraie question : quelles adaptations allez-vous tester dès cette semaine ?